Ça coule de source – Affaire n°6

La Méduse du radeau

Lieu de l'affaire : Hérault

Enquête : Musée Médard de Lunel

Création : Texte : Dobbs ; Voix : Méduse - Annick Delefosse ; Personnages Masculins - Clément Ducros, Clément Petit ; Slope Audio Training : Coordination de projet - Gaëtan Theyssier ; Enregistrement voix - Arnaud Royer ; Montage Voix - Arnaud Royer ; Montage Ambiance - Athénaïs Bonfils ; Montage Bruitage / FX -Léonie Schalck, Igor Porte ; Mixage - Anouk Leuven

« Ce radeau… c’était moi.
Un morceau de mon corps brisé, arraché à mes flancs.
Non plus un navire fier et dressé contre les vents, mais une plaie béante, une épave animée par les râles des vivants
. »

Tout le monde connaît le Radeau de la Méduse, ce gigantesque tableau de Géricault, exposé au Louvre, qui garde en mémoire le terrible naufrage.

Et si, plus de deux cents ans après le drame, le navire prenait la parole et nous donnait sa version des faits…

Sous la loupe des bibliothécaires


La frégate la Méduse : récits du naufrage et du procès

Louis Médard possède un exemplaire de 1821 du récit du naufrage de la Méduse dans sa collection. Illustré de huit gravures signées Montfort, C. Motte, Simpson et Théodore Géricault, proposant notamment un plan du radeau, l’ouvrage raconte les événements de ce périple. La deuxième partie relate le procès du capitaine de la frégate la Méduse, Hugues Duroy de Chaumareys (1763-1841), qui sera arrêté, jugé, reconnu coupable de l’échouement, de l’abandon et de la perte de la frégate, rayé des officiers de la Marine royale et condamné à trois ans de prison.

Les auteurs, Alexandre Corréard (1788-1857) et Jean-Baptiste-Henri Savigny (1793-1843), deux des quinze rescapés du radeau, relatent avec précision ce récit à charge contre l’amiral Hugues Duroy de Chaumareys. L’ouvrage connaît un grand succès et l’histoire de la Méduse devient une affaire politique.

L’histoire du radeau de la Méduse

Partie de l’île d’Aix le 17 juin 1816 à destination de Saint-Louis au Sénégal, la frégate transporte près de quatre cents personnes, dont des militaires, des fonctionnaires et leurs familles, afin de rétablir l’autorité de la France sur ses anciennes colonies. Le 2 juillet 1816, à la suite d’une mauvaise estimation de sa position par le capitaine, le navire s’échoue sur le banc d’Arguin, au large des côtes de l’actuelle Mauritanie.

Après plusieurs tentatives de renflouement infructueuses et face à l’aggravation de l’état du navire à cause d’une tempête, l’équipage organise l’évacuation. Faute d’embarcations suffisantes, un radeau de fortune d’environ douze mètres sur six est construit à partir de pièces de bois de la frégate. Cent quarante-sept personnes, dont des marins, des soldats, quelques officiers ainsi qu’une cantinière, embarquent sur le radeau. Rapidement abandonné par les chaloupes censées le remorquer, celui-ci dérive pendant treize jours dans des conditions extrêmes.

Les naufragés doivent affronter la faim, la soif, la violence et les mutineries. Dans ce contexte de survie désespérée, certains commettent des actes de cannibalisme faute de provisions. Lorsque le radeau est finalement retrouvé par le navire Argus, seuls quinze survivants sont encore en vie.

Louis Médard (1768-1841)

Né à Lunel, ce négociant en indiennes (toiles de coton imprimées et colorées, fabriquées à l’origine en Inde) a consacré une grande partie de sa vie à édifier une collection de livres rares et précieux, de 1814, jusqu’à sa mort en 1841. Le fonds Médard est représentatif de la bibliophilie de la première moitié du XIXe siècle, encore encyclopédique. L’ensemble de la collection, comprenant 4871 volumes datant du XIIe au XIXe siècle, est répertorié dans un catalogue qui fait office d’inventaire.
À la fin de sa vie, Médard fait rédiger le Grand catalogue de ses livres à l’intention du maire de Lunel et lègue par son testament l’ensemble de sa bibliothèque (livres, mobilier, tableaux) à sa ville natale.

Claire Costenoble et Flore Dezitter, musée Médard de Lunel

le mot de l’auteur


Ce projet commence par une voix.

Celle de Mélanie Marchand, chargée du projet epOcc, enquêtes patrimoniales d’Occitanie, et une proposition : écrire un podcast à partir d’un objet conservé au musée Médard de Lunel. Un témoignage. Un fragment d’histoire. Mais surtout, la possibilité de faire entendre autrement un matériau patrimonial, en le faisant passer par le prisme du son, de l’incarnation, du récit.

Cet objet, c’est un exemplaire de Le Naufrage de la frégate la Méduse. Un texte écrit par des survivants — non pour dramatiser, mais pour attester. En le découvrant, une tension est apparue : comment transformer une parole déjà si forte sans la trahir ? Comment lui donner une autre forme sans en lisser la violence ?

Le projet s’est alors déplacé vers une autre voix. Plutôt que de rester au plus près des hommes, il m’a semblé plus juste de faire entendre ce qui, dans ce drame, n’avait jamais eu voix : le navire lui-même. La Méduse comme témoin, comme corps, comme mémoire. Une présence qui observe, qui endure, et qui, à travers les hommes, révèle ce qui persiste quand tout vacille.

Ce choix a trouvé un prolongement naturel dans le travail sonore, mené avec Gaëtan Theyssier et les équipes de Slope. Le podcast devenait alors un espace vivant, où le texte ne suffisait plus à lui seul, où les matières sonores — bois, vent, silence — portaient autant de sens que les mots. Retrouver Gaëtan dans ce contexte, après l’avoir connu autrement (il y a bien des années comme étudiant), a donné à cette collaboration une dimension à la fois exigeante et évidente.

Ce projet n’est pas une adaptation. C’est un déplacement. Une tentative de faire résonner, aujourd’hui, une parole ancienne — non pour la figer, mais pour en laisser affleurer les échos, encore vifs.

Dobbs, scénariste de bande-dessinée

LE MOT des sound designers


Ce projet, au delà de permettre à nos stagiaires en formation de mettre en œuvre leurs
compétences, nous aura permis de plonger profondément dans l’histoire de la Méduse.

Si tout le monde sait qu’elle a donné naissance à un radeau, peu nombreux sont ceux qui connaissent les circonstances qui ont abouti à cette tragédie, si brillamment représentée par Géricault.

À travers ce travail, nous nous sommes efforcés de rendre hommage à cet épisode de l’histoire,
aux hommes qui y ont péri et aux survivants revenus de l’enfer, en donnant vie au vibrant texte de
Dobbs, où la Méduse elle-même prend vie pour raconter son histoire.

Nous avons choisi une approche naturaliste immersive, qui prend forme grâce au sound design, et place l’auditeur au cœur des évènements, comme s’il y était.

Gaëtan Theyssier, Slope Audio Design

SOURCES