Ça coule de source – Affaire n°4
L’Aiguat de 1940 – Chronique de la crue
Lieu de l'affaire : Pyrénées-Orientales
Création : Claire Lecoeuvre, autrice et Thomas Iris, graphiste
L’indépocc – en direct de l’Aiguat
Le 16 octobre 1940, des pluies diluviennes frappent pendant plusieurs jours le département des Pyrénées-Orientales et déclenchent des crues dévastatrices appelées l’aiguat de 1940…
Revivez ces événements grâce à notre fil d’actu en (presque) continu !
Sous la loupe des bibliothécaires
Cet événement est survenu bien avant l’ère de l’info en continu, à une période où la presse était absorbée par les tumultes de la guerre. Pas de notifications, pas de stories, pas même un tweet pour signaler la montée des eaux.
Parmi les récits consacrés à cet épisode figure le roman de Michel Maurette, La Crue, publié en 1949 puis réédité en 2007 par les Publications de l’Olivier. La médiathèque de Perpignan en conserve le tapuscrit original, daté de 1947 et annoté de la main de l’auteur.
Revisité aujourd’hui à l’ère de l’information en continue, cet ouvrage parmi d’autres sources a servi de point de départ à l’enquête « EpOcc », commandée par l’Agence Unique, Occitanie Culture, à Claire Lecoeuvre, journaliste scientifique et autrice de documentaires jeunesse, ainsi qu’à Thomas Iris, graphiste.
Leur mission consistait à restituer cet événement majeur de l’histoire locale comme s’il se déroulait à l’époque des réseaux sociaux, sous la forme d’un fil d’actualité en continu ; transformer un événement passé en une expérience immersive, proche de ce que l’on vivrait avec les médias actuels reconstituer la dynamique de cet épisode hydrologique exceptionnel et en éclairer toute la complexité ; interroger à nouveau notre rapport aux phénomènes naturels qui marquent régulièrement notre actualité.
Ils ont imaginé un fil d’actualité avant l’invention du fil d’actualité. Et pourtant, une crue — l’Aiguat de 1940 — refait surface prête à nous rappeler que la nature n’a jamais eu besoin d’un compte Instagram pour faire parler d’elle.
Le projet vise à proposer une restitution contemporaine de la crue de 1940, inspiré des formats utilisés aujourd’hui par les médias d’information. Cette approche permet de revisiter un événement historique majeur en mobilisant les codes de communication actuels, afin de renforcer la compréhension des phénomènes hydrologiques extrêmes et de sensibiliser aux risques naturels.
La nature, elle, ne supprime jamais ses posts.
Virginie Terrats et Emma Lozano-Delgado, médiathèque centrale de Perpignan
Le mot de l’autrice
Les catastrophes marquent nos vies.
Les inondations racontent d’une étonnante manière le temps qui passe.
Quand un beau matin pas pluvieux du tout, Mélanie me parle d’un projet autour de la crue centenaire qu’à connu la Catalogne en 1940, le sujet me parle énormément. Comme beaucoup de personnes ayant grandi dans le bassin méditerranéen, les crues ont marqué plusieurs étapes de ma vie … Combien de fois les adultes ont-ils raconté les inondations historiques d’après ma naissance en sortant une bouteille de vin pleine de terre ? Combien de craintes et de branle-bas de combat pour nettoyer les rues, aider les voisins ? Et que dire de mon premier jour à la fac de Montpellier que j’ai failli rater…
A chaque crue on retrouve les même éléments : peur, étonnement, entraide, questionnements, recherche scientifique.
Il fallait que notre faux fil d’actualité puisse refléter cela. Mais aussi le contexte de l’époque, la guerre, les camps, les fleurons industriels, les difficultés d’approvisionnement.
Plonger dans les archives des journaux des Pyrénées Orientales m’a permis de trouver matière à copier les journalistes de l’époque. Les écrits scientifiques et historiques ont donné du corps au texte.
Et pour la mise en image, il a fallu tous les talents de l’équipe de l’Indépocc : Thomas, Emma, Virginie et Mélanie pour imaginer le chat télégraphique et les vraies fausses pubs sur la lingerie…
Merci à vous pour ce beau et drôle travail d’équipe.
Claire Lecoeuvre, autrice
Le mot dU GRAPHISTE
Après le design du site epOcc, j’ai eu la chance de plonger dans l’histoire elle-même.
Quand Mélanie m’a parlé de ce projet, j’ai immédiatement été séduit par le paradoxe : un fil d’actualité de…1940! Un défi graphique autant qu’un défi de sens. Un mélange des genres qui, au fond, invite à réfléchir sur la qualité des informations d’aujourd’hui.
Nous avons cherché le bon équilibre — ni trop vintage, ni trop moderne — pour que L’Indépocc existe dans cet espace improbable entre deux époques. L’aspect papier journal et la typographie serif qui croisent l’horodatage instantané. Les portraits d’époque qui jouent le rôle d’avatars. Et ce « tchat télégraphique » en temps irréel.
Bonne lecture, bravo à toute l’équipe et longue vie à l’Indépocc !
Thomas Iris, designer
sources




